Automates : la science devient art

La mécanique animait ou mécanisait la vie : concevoir des automates, ou des humanoïdes, est l’un des objectifs les plus convoités ces dernières années. À travers les époques et les cultures, au rythme des connaissances et des possibilités techniques et technologiques, les machines envahissent avec leurs simulations à outrance le quotidien. Les automates prennent l’aspect d’humains voire d’animaux activés par un mécanisme interne et simulant des mouvements. Les plus courants sont ceux d’apparence humaine qui sont disposés dans les tours des églises ou des cathédrales. Outre les androïdes, il y avait aussi un grand désir pour la fabrication d’automates ayant l’aspect d’animaux, et notamment les oiseaux. Aux XVIe et XVIIe siècles, a connu une ‘amélioration de la conception et de la production des mécanismes, ainsi que la réduction de la taille des engrenages.

La mythologie grecque fait déjà référence à de nombreux automates. Les dispositifs animés ont toujours exercé une grande fascination sur l’homme. La confusion entre réalité et fiction, entre le naturel et l’artificiel est quelque chose qui a toujours fortement attiré l’homme. Mais les automates n’apparaissent pas seulement dans la culture occidentale, mais ils sont également mentionnés dans la culture inca ou asiatique. À l’école d’Alexandrie, la fabrication d’automates musicaux était une activité courante. Ce qui intéressait Héron d’Alexandrie ou Philon de Byzance, c’était la possibilité de susciter l’émerveillement des spectateurs et d’éveiller chez eux la sensation du magique et du surnaturel. Beaucoup de ces machines ont été utilisées dans les temples pour mettre en exergue l’aspect mystique de la célébration du culte. Le livre de Heron Nematica parle de soixante-seize façons d’expliquer les différents mécanismes permettant de faire chanter des figures d’oiseaux, de faire boire des animaux, de les faire bouger…

Au Moyen Âge, l’utilisation de figures articulées mises en mouvement par des moyens très simples lors de certains événements religieux était relativement fréquente. Cette pratique a été préservée par des hommes tels que Villard de Honnecourt (1250) qui, au cours de la période sombre du Moyen Âge, a recherché à améliorer progressivement les moyens techniques permettant d’atteindre la révolution scientifique de la Renaissance. L’horloge médiévale de la Renaissance était un mélange ambigu de représentation et de surveillance du cosmos, comme la célèbre horloge astronomique de l’hôtel de ville de Prague. Ainsi, si au début elles indiquaient l’heure sans presque aucune indication extérieure, peu à peu, surtout les horloges publiques, leurs mécanismes étaient complexes, au point que dans de nombreux cas, à partir du XIVème siècle, les automates qui les ornent et les font fonctionner finissent par être aussi importants que la mesure du temps elle-même. L’un des exemples les plus anciens et les plus spectaculaires est celui installé vers 1340 à Cluny, sous la direction de l’abbé Pierre de Chastelux. Grâce à un mécanisme complexe, toutes les heures étaient annoncées par l’apparition d’un coq qui battait des ailes et chantait. Dans toutes les grandes villes européennes et en Espagne en particulier, des horloges ont été fabriquées avec des automates et des mécanismes plus ou moins compliqués à l’instar de l’horloge de l’hôtel de ville de Maragatos d’Astorga, l’horloge de la cathédrale de Burgos avec son attrape-mouche…

La mécanique, suivant les conseils de Vitruve, était un élément essentiel de la formation des artistes de la Renaissance. Parmi les réalisations les plus célèbres de certains d’entre eux, le paradis de San Felice conçu par Brunelleschi. L’influence évidente des traités de Herón de Alejandría y est présente et elles sont aussi le fruit de l’évolution culturelle du XVème siècle. Avec le maniérisme vient le goût de la déception, du paradoxe et de la dissimulation. Jardins et collections seront les endroits où les automates et autres dispositifs mécaniques apparaissent avec plus de profusion, constituant l’un des éléments les plus frappants et suscitant l’émerveillement et l’attention des visiteurs.

Les automates sont le reflet d’une époque, un point de rencontre entre deux mondes, celui de la science et celui du jeu, apparemment si distincts. On peut les comprendre presque comme une métaphore de la sensibilité d’une époque et comme un objet-témoin du changement de mentalité de l’homme, de la science, de la nature et des relations qui les unissent.

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